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RENTRER DANS UNE LOGE MIXTE OU PAS ?

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Cette question mériterait un livre entier tant elle anime la sphère maçonnique depuis des années. Tous les maçons/maçonnes ne sont pas du même avis sur ce point. On peut même dire que c’est le sujet qui fâche. Il existe trois types de Loges. Il y a les Loges uniquement masculines, les Loges uniquement féminines et les Loges mixtes. Ensuite, il existe les variantes de ces trois combinaisons. Il y a des Loges féminines qui acceptent des visiteurs masculins et celles qui les refusent. Il y a des Loges masculines qui acceptent les Sœurs visiteuses, mais qui refusent de les initier. Il y a aussi les Loges masculines qui deviennent mixtes. L’univers maçonnique français possède une particularité qui lui est propre, il est très varié, c’est un écosystème complexe qui répond à tous les besoins. On pourrait presque penser avec humour que l’organisation maçonnique française est un héritage direct de nos tribus gauloises.

Avant de traiter du problème de la mixité, il me semble utile de préciser un point crucial. Il règne une grande confusion dans certains esprits, entre le genre sexuel féminin et le principe symbolique féminin. Il en est évidemment de même pour le masculin. En somme, nous confondons le genre et la sensibilité. Pour l’exemple, nous connaissons tous des femmes plus masculines que la plupart des hommes. Il existe aussi des hommes pourvus d’une sensibilité plus féminine que bon nombre de femmes. Vouloir parler de mixité en Loge, est-ce parler de l’entrée des femmes avec les hommes, ou bien est-ce parler de sensibilité féminine dans un univers d’hommes ? Cette question est importante, car si une Loge de femmes se comporte par mimétisme comme des Frères, peut-on parler de mixité ou d’assimilation ? Selon mon observation, une Loge composée exclusivement d’hommes, peut être plus féminine que certaines Loges de femmes, dont l’énergie serait devenue masculine.

Notre langue française n’a pas jugé utile de faire la distinction entre le principe du genre et de la polarité. Les Chinois ont créé, il y a plus de 3 000 ans, un principe qui exprime parfaitement cet esprit. Deux mots traduisent ce concept : « Yin - Yang »[1]. Sans entrer dans une instruction de Taoïsme, on peut affirmer que le Yin se rapporte au principe féminin et le Yang au principe masculin. Cette distinction entre le genre et la polarité est cruciale pour aborder ensuite le problème de l’équité entre les sexes. Cela nous évite de nous tromper de combat, lorsque nous parlons de mixité. Cela nous permet aussi d’échapper aux contresens.

Si vous me demandez mon avis sur la mixité, je vous réponds immédiatement que j’y suis à cent pour cent favorable. J’ai été initié dans une Loge masculine. Puis elle a explosé en vol lorsque j’étais Apprenti. Je suis passé ensuite à une seconde Loge masculine. Et puis un beau matin, c’est devenu clair, je devais travailler en mixité. Ce qui est bon pour moi ne l’est pas nécessairement pour le reste de la terre. Il est donc absolument normal que la Franc-maçonnerie offre un choix répondant à toutes les demandes et tous les besoins en la matière. Chacun est là où il doit se trouver sur son chemin de vie. Vouloir unifier la Franc-maçonnerie et imposer un modèle ou un autre serait le meilleur moyen de tuer notre Art Royal. Si la monoculture existe et fonctionne dans certaines régions agricoles, elle ne s’adapte par très bien aux besoins maçonniques, qui sont multiples et variés, comme le sont les maçons eux-mêmes.

Ainsi, pour traiter cette question, demandez-vous si dans votre cœur, votre besoin profond est de travailler entre Sœurs et Frères ou sentez-vous que la présence de l’autre sexe serait pénalisante et vous bloquerait dans votre travail ? La seule bonne réponse se trouve au fond de vous et personne ne peut répondre à votre place.

Maintenant, je vais être « légèrement » prosélyte et vous pousser dans vos retranchements. Si votre réponse est : « Je veux travailler uniquement avec celles ou ceux de mon sexe », sondez sincèrement votre cœur. Cette réponse est-elle le fruit d’une réelle réflexion quant à ce qui est bon pour vous ? Ne serait-ce pas plutôt le produit d’une peur habituelle ou pire, d’un préjugé ? Par ailleurs, lorsqu’on rencontre un parrain qui nous encourage à rejoindre sa propre Loge, il est évident qu’on subit pleinement le choix de la Loge en question d’être mixte ou non !

Ce problème n’est pas simple. Lorsque vous essayez de fuir votre destin, il arrive parfois qu’il vous rattrape. Imaginez un peu la tête des Frères qui sont entrés en 2008 dans la Loge « Université maçonnique » au Grand Orient de France et qui ont vu leur Frère Olivier Chaumont changer de sexe et devenir quelques mois plus tard Olivia Chaumont[2], et se retrouver de fait dans une Loge mixte. C’est d’ailleurs ainsi que le 22 janvier 2010, Olivia Chaumont est devenue officiellement la première femme membre du Grand Orient de France depuis sa création en 1773.

Vous voyez bien que la Loge est un catalyseur des énergies du dehors. Elle permet de mieux les observer au-dedans… du moins, si on sait être attentif. J’imagine parfois la tête que pourraient faire les dizaines de milliers de Frères d’une Obédience masculine, farouchement opposés à la mixité, si une Sœur venait à intenter un procès public contre leur Obédience pour discrimination sexuelle. Ce scénario catastrophe pour certains n’est cependant pas exclu et je suis même étonné que cela ne soit encore jamais arrivé !

Envisageons maintenant le rôle de la gent féminine dans la Franc-maçonnerie. Avouons-le sans honte, certains maçons auraient préféré voir leur voisine, quand il ne s’agit pas de leur épouse, aux fourneaux plutôt qu’en Loge. La situation des femmes au sein de l’Art Royal n’est pas simple et les résistances sont encore fortes. Pour mieux en saisir l’importance, prenons un parallèle historique. Nous pourrons ainsi comprendre la difficulté qu’ont certains hommes à partager avec ce féminin qui leur fait si peur. L’exemple en question concerne l’automobile. Seulement 1% des femmes était titulaire du permis de conduire en 1910[3]. Quinze ans plus tard, on triple ce pourcentage. Plus près de nous, entre 1967 et 2007, on note une augmentation supérieure à 300% des permis attribués aux dames. Cette progression incessante n’est pas neutre, car la présence des femmes dans l’utilisation des véhicules motorisés a une incidence sur la technologie de nos moyens de transport, au sens général du terme. Nos machines deviennent alors plus intuitives, plus communicatives, plus humaines et surtout plus féminines. Il est utile de lire ce qu’écrit Yoann Demoli dans son étude Les femmes prennent le volant[4] : « …au XIXème siècle, des arguments à la fois moraux et médicaux décourageaient la pratique du vélo pour les femmes. Tantôt, la bicyclette est taxée de risques de stérilité, tantôt de risques de lubricité, montrant combien la place naturelle de la femme serait celle de la sphère domestique. »

Si vous suivez l’évolution de l’informatique, vous observerez que le résultat est sensiblement le même. Nous sommes passés d’une informatique très hermétique et élitiste, dont IBM était porte-drapeau, à une informatique nettement plus humanisée et plus intuitive. Le projet « Palo Alto Research Center » de Xerox, marqua la naissance de cette technologie plus conviviale. La société Apple s’appropria ensuite tous ces travaux pour donner naissance au fameux « Macintosh »[5]. Le résultat de cette aventure technologique est présent partout autour de nous avec des appareils ultra-intuitifs et conviviaux.

Pour faire le lien avec la Franc-maçonnerie, on peut observer que lorsque le féminin entre en scène et s’approprie une technologie, il l’humanise. Ce grand changement, qui profite à tous, va finir par s’infiltrer dans nos Loges. Certains irréductibles pensent que le danger vient de l’entrée des femmes en Loge. Ils font tout pour s’en protéger. Or cela ne sert absolument à rien. Le courant est nettement plus puissant et profond. Il s’agit de l’interpénétration massive de l’essence féminine dans nos travaux. Ce qu’ils ignorent, c’est que de nombreux Frères sont déjà porteurs de ce « germe » qui leur fait si peur. La mutation est en action et la boîte de vitesse ne possède pas de marche arrière.

Pour le moment, de nombreux maçons et maçonnes sont encore hostiles à se frotter à la mixité. Nous entendons parfois des propos dignes d’un autre temps concernant la mixité. Le fond de ce problème est double. Il concerne d’un côté l’acceptation de voir les femmes « sortir de leur cuisine » pour pratiquer la Franc-maçonnerie, de l’autre côté, l’acceptation de les laisser se « mélanger » aux Frères pendant le travail et risquer de déclencher un furieux désir sexuel totalement incontrôlable de la part des pauvres victimes masculines[6].

Pour donner aux dames de quoi s’occuper un peu, on créa vers la moitié du XVIIIème siècle ce qu’on appela : « les Loges d’adoption » pratiquant le Rite de même nom[7]. Le nom en lui-même dénote le peu de considération et de légitimité des femmes dans notre Art. L’époque actuelle étant bouillonnante de changements en tous genres, la mixité prend désormais du poids. Même si les femmes sont encore ultra-minoritaires en Loge[8], le mouvement est en route. Tout d’abord, la maçonnerie française est à un tournant de sa longue histoire. Elle doit se réinventer pour affronter ce siècle naissant. Puis les Sœurs, de plus en plus nombreuses, vont forcément nourrir la Franc-maçonnerie de leur polarité féminine. Ce genre ne se caractérise pas seulement par une jupe et des talons hauts. Il a une manière différente de travailler. Pour être plus précis, le Frère maçon, comme tous les hommes, est concentré sur ce qui doit être fait, par les travaux et par l’ordre. C’est un être d’action et de physique. L’homme est par nature, dans la réalisation des choses. La Sœur de son côté, au-delà de ces aspects qui ne lui échappent pas, aura plutôt tendance à se préoccuper de la relation humaine au sein de la Loge, des énergies qui circulent et de la manière dont chacun se sent. C’est un être de sensation. La femme est par nature, dans la conception des choses. L’homme et la femme sont complémentaires !

L’homme termine ses travaux par des agapes plutôt garnies et parfois avinées, les Sœurs se préoccupent souvent plus du caractère bio des aliments. Je pourrais décliner sur plusieurs pages les différences que les Sœurs amènent par leur féminin, mais vous avez compris le sens profond de mon propos quelque peu caricatural, je vous le concède.

L’arrivée progressive des femmes en Loges va humaniser et rendre plus sensibles encore, plus spirituels… des travaux initiatiques qui restaient jusqu’alors le pré carré des hommes.

Vous pensez certainement qu’il s’agit d’un cliché ? N’en croyez rien ! Il existe une très forte résistance à la mixité en Loge. Le patriarcat de notre culture judéo-chrétienne a la peau dure. La gent féminine se doit d’être opiniâtre pour conquérir ces futurs territoires.

Je pose donc cette question : « Comment pouvons-nous travailler notre spiritualité profonde en nous coupant de l’autre moitié de l’Humanité ? » On peut se raconter toutes les histoires possibles et se réfugier derrière son petit doigt, je ne vois pas comment on peut être maçon en discriminant l’autre sexe. Cela s’applique d’ailleurs pour les Loges d’Hommes, comme pour les Loges de Femmes.

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[1] Dans la philosophie chinoise, le yin et le yang sont deux catégories complémentaires, que l'on peut retrouver dans tous les aspects de la vie et de l'univers. Cette notion de complémentarité est propre à la pensée orientale qui pense plus volontiers la dualité sous forme de complémentarité.

[5] Macintosh ou Mac est une série de différentes familles d'ordinateurs personnels conçus, développés, et vendus par Apple. Le premier Macintosh est lancé le 24 janvier 1984. C'est le premier succès commercial pour un ordinateur utilisant une souris et une interface graphique.

[6] En réalité, deux problèmes se posent. Le premier est celui de la mixité, et le second celui de l’Initiation des femmes. Cette épineuse question de la place de la femme en maçonnerie fera l’objet d’un autre ouvrage.

[7] Ce Rite ne se réfère pas à la construction du Temple de Salomon. Il n'est pas considéré comme véritablement maçonnique par certains maçons. Il semble n'exister désormais que dans une seule Loge de la Grande Loge féminine de France.

[8] Hors Grand Orient de France, seulement 7% des Frères choisissent une Loge mixte… alors que 54% des Sœurs optent pour la mixité. Si on incorpore les 35% de Loges mixtes du GODF, la proportion grimpe à 16%. (Source : l'Express par François Koch)